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Couverture du film

“What the health” : négli­gence scien­ti­fique ou révo­lu­tion ?

La semaine passée, on a regardé avec Chat le docu­men­taire film “What the health” produit Kip Ander­sen and Keegan Kuhn, qui a pris vie grâce à un finan­ce­ment parti­ci­pa­tif, dispo­nible sur Netflix.

Je vous avoue qu’en le commençant, je suis complè­te­ment passée au-dessus du fait qu’il est écrit “From the crea­tors of the award winning film Cows­pi­racy” (Par les créa­teurs du film lauréat Cows­pi­racy) — vous me direz, il faut le faire quand même, c’est écrit en plein milieu du fond jaune, je sais —, ce qui fait que nous avons commencé le film sans aucun a priori.

Bon. Une ving­taine de minutes du film suffisent pour comprendre l’orien­ta­tion qu’il pren­dra, et le message sur lequel il débou­chera proba­ble­ment : le super-régime alimen­taire qui vous sauvera la vie est dépourvu d’ani­maux. Le gros point posi­tif, c’est que toutes les sources sont dispo­nibles sur le site du film.

J’ai repris dans cet article les points qui m’ont le plus frap­pée, et ceux pour lesquels je me suis dit “ah non non non, là ils fabulent, je dois véri­fier ça”.

Le cas du diabète

C’est la première grosse ques­tion soule­vée par Kip, le réali­sa­teur.

Le docteur inter­viewé, Dr Neal Barnard nous affirme que le gros coupable du diabète n’est pas le sucre, mais les produits animaux. Dr. Barnard est le président du Physi­cians Commit­tee for Respon­sible Medi­cine (PCRM), une orga­ni­sa­tion sans but lucra­tif qui promeut une alimen­ta­tion végé­tale. L’as­so­cia­tion a déjà dans le passé été sujette de nombreuses contro­verses, notam­ment par son lien étroit avec la PETA et sa préten­due exper­tise en termes de santé et de nutri­tion. Le plus gros reproche que j’au­rais person­nel­le­ment à lui faire est son manque de trans­pa­rence par rapport à sa fina­lité qui est de promou­voir une alimen­ta­tion végé­tale. La PCRM est présen­tée comme un orga­nisme qui donne des recom­man­da­tions médi­cales, qui se devraient donc d’être neutres et objec­tives. La ques­tion dans ce cas-ci serait de savoir si le PCRM complote pour rendre tout le monde végé­ta­rien peut importe si cela vous coûte la vie, où si le bloc de méde­cins tradi­tion­nels (dont l’édu­ca­tion est déci­dée par l’état, elle-même subven­tion­née par des lobbys rappe­lons-le tout de même) essaie de discré­di­ter une orga­ni­sa­tion qui dérange.

Pour une mala­die comme le diabète de type 2 — qui repré­sente 90 %1 des diabètes rencon­trés dans le monde ; les causes du diabète de type 1 ne sont toujours pas connuesle coupable à poin­ter du doigt n’est pas spécia­le­ment le sucre comme le confirme en effet le Dr Barnard, mais décrier les produits d’ori­gine animale est une simpli­fi­ca­tion erro­née de la réalité. Les coupables sont un mélange de manque d’exer­cice et d’aliments trop gras. Certes, les aliments animaux sont pour la plupart très riches en graisses, mais un paquet de frites l’est aussi, aussi végé­tal soit-il. Le raccourci fait ici par le Dr Barnard est qu’il est moins facile de deve­nir obèse en ayant un régime végé­ta­lien, mais cela reste néan­moins possible, si l’on fait preuve d’un peu d’in­gé­nio­sité — et de paresse.

La ques­tion qui me taraude par contre alors est de savoir d’où vient ce mythe que seul le sucre peut donner le diabète. Il contri­bue à l’obé­sité qui à terme, augmente un risque de diabète certes, mais au même titre que la séden­ta­rité, la mal bouffe et les apéros au saucis­son.

Le cas du cancer

Kip nous parle ensuite du cas du cancer, en mention­nant les viandes trans­for­mées et les viandes rouges. Pour ceux qui ne se sont pas appro­chés d’une télé ou d’un jour­nal en 2015 : le Centre Inter­na­tio­nal pour la Recherche pour le Cancer (CIRC) a publié un rapport clas­si­fiant les viandes trans­for­mées de cancé­ri­gènes et les viandes rouges (= tous les types de viande issus des tissus muscu­laires de mammi­fères comme le bœuf, le veau, le porc, l’agneau, le mouton, le cheval et la chèvre) comme proba­ble­ment cancé­ri­gènes. Le CIRC illustre ce propos en disant “Les experts ont conclu que chaque portion de 50 grammes de viande trans­for­mée consom­mée quoti­dien­ne­ment accroît le risque de cancer colo­rec­tal de 18 %.”. Pour indice, une tranche de jambon ou une saucisse Knacki font 35 grammes.

Les cancers concer­nés par ces joyeuses trou­vailles sont ceux du colon, rectum, et pancréas 2.

Bon, parce qu’il n’y a pas que ces cancers-là qui sont meur­triers, voici le tableau repre­nant les facteurs qui aggravent le risque de déve­lop­per un cancer, et ceux qui l’at­té­nuent. Les viandes trans­for­mées et rouges ne s’y trouvent pas, ce tableau datant de 2003 — et la trou­vaille sur les viandes trans­for­mées et rouges a été faite en 2015, que vous suivez bien :) !

Facteurs aggravant ou atténuant le risque de développer un cancer, selon l'OMS

Source

Le cas de l’œuf, et de son jaune

J’avoue avoir levé le sour­cil droit en enten­dant le “Manger un œuf par jour est aussi mauvais que de fumer 5 ciga­rettes par jour, en termes d’es­pé­rance de vie”. Bon, on se calme un peu là quand même ? Je suis ouverte aux nouvelles infor­ma­tions, mais quand même fort scep­tique concer­nant celle-ci, j’ai donc été véri­fier l’étude mention­née, et elle s’ap­plique auprès de personnes présen­tant des risques d’ac­ci­dent cardio-vascu­laire. En gros, toute la popu­la­tion mondiale n’est pas concer­née, comme semble le faire croire la mauvaise analyse de cette étude (pour le moins indi­geste) de Kip. Ces propos plutôt alar­mistes sont pour moi dus à une fois un manque de rigueur scien­ti­fique au niveau de l’ana­lyse de l’étude, ou peut-être plus simple­ment une sélec­tion de l’in­for­ma­tion qu’il recher­chait, en se souciant peu de mentir par omis­sion. Je lui lais­se­rai le béné­fice du doute…

Bon, j’ad­mets que j’ai­mais malgré tout bien la vision du jaune d’œuf du Dr. Michael Klaper ; “Il est fait pour nour­rir un pous­sin pendant 21 jours, sans apport exté­rieur”. C’est bête, mais je ne l’avais jamais vu comme ça.

Le cas des mala­dies cardio-vascu­laires

Le Dr. Barnard nous indique que le rôle de l’al­cool et le sucre sont plutôt limi­tés, et que celui du taba­gisme est plus impor­tant, ainsi que celui de la consom­ma­tion de produits animaux. Comme mentionné dans le film, les mala­dies cardio-vascu­laires sont les premières causes de morta­lité 3 dans le monde, donc il vaut la peine de s’y inté­res­ser.

J’ai­mais beau­coup l’in­ter­ven­tion du Dr Milton Mills, qui mettait en avant le fait que les États-Unis — et c’est pareil en Europe aussi — a une poli­tique qui part de la mala­die, et sur comment la guérir, au lieu d’in­ves­tir certes du temps dans la cure, mais aussi et surtout dans la préven­tion.

Mais, reve­nons à nos mala­dies cardio-vascu­laires. J’ai été lire les recom­man­da­tions de l’OMS en termes de mala­dies chro­niques, dont je cite :

Pour préve­nir les mala­dies cardio-vascu­laires, le cancer, le diabète et l’obé­sité : moins de graisses satu­rées, de sucre et de sel, plus de fruits, de légumes et d’exer­cice physique.

Pour rappel, à part quelques excep­tions — rebonjour huile de palmeles graisses satu­rées se trouvent en effet dans la viande, les œufs et les produits laitiers.

“What the health”, réus­site ou pas ?

Ce qui m’a posé problème avec ce type de docu­men­taire c’est l’as­pect tout noir ou tout blanc des infor­ma­tions données, son côté très orienté, peu neutre, et sensa­tion­na­liste. Même s’il défend un régime alimen­taire qui est le mien et dont je suis convain­cue des bien­faits, je ne peux pas approu­ver ce type de jour­na­lisme, qui veut convaincre à tout prix, quitte à se retrou­ver complè­te­ment dans la désin­for­ma­tion.

Je suis aussi déran­gée par les conclu­sions hâtives de Kip quant au manque de trans­pa­rence des asso­cia­tions luttant contre le diabète, cancer du sein, etc. En effet, appe­ler la récep­tion d’une orga­ni­sa­tion vous mettra en contact avec un récep­tion­niste, pas un expert. Je ne sais pas s’il s’at­ten­dait sincè­re­ment à ce que son coup de fil soit reçu par un cher­cheur, mais si c’est le cas, ce n’est point très malin comme suppo­si­tion.

Un docu­men­taire qui se respecte devrait se faire avec une ques­tion en tête, et une envie ferme d’y trou­ver la réponse. Dans ce cas, la ques­tion était certes bel et bien là, mais on sent que Kip avait la réponse toute faite avant même d’en­ta­mer ses recherches.

Un autre côté qui m’agace est le fait que ce type de film bourré d’ap­proxi­ma­tions scien­ti­fiques, ce qui a tendance, je pense, à enta­cher le mouve­ment végane, en le décré­di­bi­li­sant. On se dira, est-ce que tous les véganes se sont basés sur aussi peu d’in­for­ma­tion fiable pour choi­sir leur mode d’ali­men­ta­tion ? Je trou­ve­rais aussi plus inté­res­sant de produire un docu­men­taire rela­tant les bien­faits d’un régime végé­tal, au lieu de rester coincé dans cette démarche qui consiste à valo­ri­ser le végé­ta­lisme en tentant de décons­truire les régimes carnés.

Bon, j’ad­mets que ce type de film a toute­fois le talent de nous ques­tion­ner, surtout pour ceux qui ont une alimen­ta­tion encore “dans les rangs”. Il peut même parfois être diffi­cile à appré­hen­der car, végé­ta­lienne ou non, je fais partie de cette géné­ra­tion assé­née à coup de “3 produits laitiers par jour”, qui se remet petit à petit de ces décla­ra­tions vides de toute science qui se respecte répé­tées pendant des années à la télé à l’heure des dessins animés.

La fin du docu­men­taire rappelle subti­le­ment la diffé­rence cultu­relle des Améri­cains et du reste du monde : les témoi­gnages sont très “ma vie était nulle, puis j’ai décou­vert les légumes et tout a changé”, mais bon au final, c’est le résul­tat qui compte n’est-ce pas ?

Rappe­lons aussi que les argu­ments déve­lop­pés dans cet article sont unique­ment d’un point de vue sani­taire, la ques­tion quant à l’éthique de consom­mer des produits animaux mérite une réflexion à part entière, toute diffé­rente de celle-ci qui est axée sur nous-mêmes, et notre bien-être indi­vi­duel.

Trois feuilles

POUR ALLER PLUS LOIN

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  • Bel article ! J’ai visionné Cowspiracy il y a un an ou deux, et il ressemblait beaucoup à ce que tu décris ici : sensationnaliste et dont on devine l’orientation pas très neutre dès le début. Je l’avais trouvé pas mal en tant que film coup de poing plus qu’en tant que documentaire et m’étais dit que, malgré ses défauts et ses conclusions parfois un peu biaisées, s’il pouvait marquer le début d’une réflexion dans la tête de certaines personnes, alors il avait rempli son rôle. Bref, bien pour entamer le « débat intérieur », mais effectivement insuffisant en termes de qualité des infos. J’ai l’impression que ce nouveau film est dans la même veine, du coup ! Je pensais le regarder, mais finalement, si c’est pour y trouver le même type d’infos et de procédés, ça serait plutôt une perte de temps, moi qui suis déjà convaincue ^^
    Merci pour ce commentaire très complet en tout cas 😉

    • Bonjour Suny ! Et bien tu sais, de mon côté je n’ai toujours pas vu Cowspiracy ! (au grand dam de certains experts véganes qui me disent avec des yeux ronds « mais c’est la base de la base ! ») Et pour en fait exactement les mêmes raisons que tu mentionnes ici ; je suis convaincue, pourquoi devrais-je passer du temps à le regarder… Mais je me suis décidée, je le regarde ce weekend ! Disons plutôt que je veux le voir histoire d’avoir un avis sur le sujet, même si je pars à priori fort sceptique.
      As-tu vu Earthlings ? Il me fait un peu peur, il parait qu’il est gore…

      • Non, je ne l’ai pas vu, je le prévoyais à un moment, mais j’ai fini par faire une overdose d’image révoltantes qui ne faisaient que me déprimer mais sans me convaincre, puisque j’étais déjà convaincue : une souffrance totalement inutile, donc… Mais un jour, peut-être… 😉 En attendant, je regarde des vidéos d’animaux mignons ou rigolos. Et vivants surtout ! ^^

      • Jeff

        Très bon article qui permet de ne pas foncer tête baisser et de toujours s’interroger sur les sources !

        J’ai vu Earthlings et ce film a l’avantage de montrer les faits. Nous pourrions comprendre à quel point l’asservissement des animaux est cruel sans même écouter le narrateur. J’ai moi même pu visiter un abattoir, pas besoin d’y voir de dérives ou d’infractions pour comprendre à quel point la cruauté est immense. Je n’avais besoin de personne pour me dire que ce que j’étais entrain de voir était injuste, lâche, barbare,etc. La vérité du spécisme me sautait au visage (je mangeais encore les vaches, veaux, cochons, etc. à ce moment).

        J’ai également vu Cowspiracy et eu le même sentiment que toi après coup, j’ai également fais des recherches et trouvé des résultats qui contredisait Kip sur des sites d’organisations tel que l’OMS par exemple puisque tu la cites.
        Mais c’est exactement ce que dénonce Kip : la neutralité de ces organisations. L’OMS est par exemple financé par les 194 états membres ainsi que des volontaires (cela ressemble beaucoup à du lobbying).

        Ce que je veux dire est que Kip dénonce en grande partie les Lobbys qui pousserait les états et les organisations à faire de la propagande.
        Nous ne pouvons donc pas savoir qui détient la vérité.

        Le documentaire Cowspiracy et mes recherches associés m’ont donc permis de comprendre que je ne peux pas croire tout ce que dit Kip, je ne peux pas croire tout ce que disent les politiciens et je ne peux pas non plus croire tout ce que disent les organisations pour la santé, l’environnement et de protection des animaux.

        La seule chose que je crois, et ça rejoint ce que je disais en parlant de l’abattoir, c’est ce que j’ai en face des yeux et mon ressentiment, qui s’est en partie forgé à l’aide d’informations allant à l’encontre de tout ce qu’on nous laisse entendre habituellement, et cela même si elles étaient infondées.

        Je pense que ce documentaire a donc sa place et si il permet de faire réagir les gens sur la vérité et que ceux-ci s’interrogent et se documente ensuite, alors c’est gagné, il a atteint son objectif.

        Bonne continuation dans ton blog et continue de défendre tes idées ! 🙂

        Jeff

  • Sheenaa

    Merci pour cet article! Après 13min de reportage j’ai été très sceptique (« c’est quoi ce documentaire?) et j’ai donc fait des recherches…suis tombée sur ton article. C’est dommage car le doc n’est pas rigoureux du tout…il y agait d’autres moyens de proner le veganisme! Je suis désolée mais dire « la viande c’est mal, regardez cette femme qui a de l’asthme », alors que la personne est obèse. ..comment peut on faire le lien enre la viande et la santé de cette femme? Un vrai scientifique ne le pourrait pas…bref, le message n’est pas passé chez moi…

  • Et bien voilà qui me passe l’envie de voir ce documentaire tiens! J’avoue que comparer le jaune d’oeuf à la clope, c’est assez malhonnête. J’ai peur qu’au final à trop vouloir convaincre, ce docu en soit contre productif car après quelques faits remis en question, on en vient à douter de toute la validité du documentaire.
    Pour Cowspiracy, l’as tu regardé au final? Il y a qqs chiffres qui sont aussi débattables, mais pas des énormités comme ce que tu décris ici. L’intérêt de cowspiracy selon moi est de montrer que les ONG environnementales faisaient complètement abstraction de la question de l’élevage de la production de viande. Mine de rien, le docu aura permis à ces assos d’enfin aborder la question (par exemple maintenannt Greenpeace en parle ouvertement).
    Aurélia

  • Valanubis

    J’ai commencé à regarder ce film ce week-end.. et après 30 minutes (mon max..) j’ai arrêté..
    Bien que je ne sois ni végétarienne ni vegan je partais pourtant avec un esprit totalement ouvert et j’espèrais sincèrement apprendre des choses intéressantes et pertinentes.. (je mange paléo)
    Comme tu dis on sent dès le début qu’il y a une « conviction » pour Kip.. et dès qu’on a compris ça.. on sait qu’aucun débat n’aura lieu.. que les différents témoignages et études présentés ne servent qu’à étayer ses convictions..
    J’étais déjà un peu sceptique au début avec le raccourci « le sucre c’est bien, c’est la viande qui est mal »… mais ils m’ont achevée avec l’oeuf qui est le tiquet d’entrée du cimetière du coin.. (autant que la cigarette)
    Même si chaque affirmation à son étude.. elles sont manipulées pour en faire dire ce qu’ils veulent.. cette sensation qu’on peut faire avaler ce qu’on veut au spectateur est terriblement désagréable.
    Bref du coup je me suis demandée si c’est moi qui manquais cruellement d’objectivité et j’ai fouillé un peu sur le net pour voir l’avis d’autres personnes.. et je suis rassurée de voir que mêmes les végétariens et végan ne cautionnent pas cette manière de faire..
    Et comme tu dis je pense qu’il déssert plus votre cause qu’au chose vis-à-vis des carnivores.. avec un message aussi radical, ce qui est dommage car à priori les gens qui vont le visionner (comme moi) sont des gens ouverts qui espéraient juste apprendre des choses qui pouvaient orienter un peu mieux leurs choix alimentaires..