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Manger bio, ça en vaut la peine?

J’aime bien vous faire part de mes décou­vertes en temps réel, mais là je dois vous l’avouer, c’est trop tard, je suis déjà convain­cue ; je mange bio. Et ce depuis envi­ron deux ans, lorsque j’ai quitté le foyer paren­tal 👨‍👩‍👧‍👧 et emmé­nagé à Londres avec Chat. Que le budget dispo­nible soit rikiki ou plus confor­table, nous avons toujours réussi à main­te­nir un maxi­mum de notre alimen­ta­tion bio
Mais l’agri­cul­ture biolo­gique, c’est quoi exac­te­ment et pourquoi c’est mieux ? (ou pas! gardons un peu de suspen­se…)

L’agri­cul­ture biolo­gique, ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas

Pour parler d’agri­cul­ture biolo­gique, il faut d’abord parler d’agri­cul­ture produc­ti­viste (ou inten­sive), qui est appa­rue après la Seconde Guerre mondiale. Elle consiste prin­ci­pa­le­ment à sélec­tion­ner et amélio­rer les espèces végé­tales et animales (coucou OGM), méca­ni­ser l’agri­cul­ture, user de mono­cul­ture (culture d’une seule espèce de plantes plusieurs années de suite) et user de pesti­cides et d’en­grais.
Alors nous sommes bien d’ac­cord, produire plus de nour­ri­ture c’est très bien (encore faut-il que ce soit de la nour­ri­ture rentable au point de vue des terres — déso­lées mesdames les vaches 🐮, mais vous n’êtes pas les plus écolo­giques du système), mais pas à n’im­porte quel prix.
Parmi les consé­quences de cette agri­cul­ture inten­sive, on retrouve la défo­res­ta­tion, la déser­ti­fi­ca­tion, la destruc­tion d’ha­bi­tats d’es­pèces animales, la pollu­tion des eaux et des sols, la destruc­tion de micro-orga­nismes régé­né­rant les sols agri­coles, la concen­tra­tion de polluants dans l’or­ga­nisme humain (miam, le bon lait mater­nel aux anti­bio­tiques), pour n’en citer que quelques-unes.

Et puis de l’autre côté nous avons l’agri­cul­ture biolo­gique, qui est régle­men­tée (voir plus bas la section sur les labels) qui respecte l’en­vi­ron­ne­ment, les animaux, la planète, notre santé et qui apporte des solu­tions face au réchauf­fe­ment clima­tique (quand elle est locale en tout cas). Oui, rien que ça ! Concrè­te­ment, elle inter­dit ou réduit consi­dé­ra­ble­ment l’em­ploi de pesti­cides, main­tient la qualité des eaux ainsi que la ferti­lité des sols et respecte donc la biodi­ver­sité.

Réel­le­ment meilleur pour la santé ?

Je commence par l’ar­gu­ment qui touchera sans doute la majo­rité des gens : leur propre santé.

Il est reconnu par l’OMS (Orga­nisme Mondial de la Santé) que les pesti­cides repré­sentent un risque pour notre santé. Ils pour­raient avoir un impact sur des cancers, la procréa­tion, ainsi que les systèmes immu­ni­taires et nerveux (Parkin­son, Alzhei­mer, austi­me…). Manger bio permet donc d’éviter la prise de risque concer­nant les pesti­cides (c’est un tout bien entendu : manger des frites bio tous les jours ne vous main­tien­dra pas en bonne santé pour autant — déso­lée, j’au­rais aimé y croire aussi).

Vous avez peut-être entendu parler de cette expé­rience menée dans une famille suédoise : les 5 membres de la famille ont mangé exclu­si­ve­ment bio pendant deux semaines, en faisant des analyses d’urine tous les matins (oh doux réveils). Résul­tat : dès le début de l’ex­pé­rience, le taux de pesti­cides dans l’urine a dras­tique­ment chuté (résul­tats offi­ciels de l’ex­pé­rience ici). Green­peace a tenté une expé­rience simi­laire auprès d’une famille japo­naise pendant 10 jours, récol­tant des résul­tats fort simi­laires (résul­tats offi­ciels ici).

Bon, je reste tout de même un peu scep­tique face à ce type d’ex­pé­riences, un bilan sanguin aurait pour moi été plus éloquent quant à l’im­pact sur le long terme des pesti­cides sur la santé, car juste­ment, les urines, on les évacue.

Au point de vue des produits animaux, l’agri­cul­ture biolo­gique régle­mente stric­te­ment l’uti­li­sa­tion d’anti­bio­tiques. Là où dans l’agri­cul­ture conven­tion­nelle, c’est en moyenne 1200 tonnes d’an­ti­bio­tiques par an qui sont en France admi­nis­trés aux animaux. Au plus nous consom­mons d’an­ti­bio­tiques, au plus des infec­tions aujourd’­hui bénignes peuvent à nouveau deve­nir mortelles à cause d’une évolu­tion des bacté­ries (les “super­bac­té­ries”). Il est estimé1 que la résis­tance aux anti­bio­tiques (nommée l’an­ti­bio­ré­sis­tance) causera 10 millions de morts par an d’ici 2050, deve­nant la première cause de morta­lité dans le monde, avant le diabète et le cancer.

Le jack­pot de vita­mines ?

On lit dans la plupart des dossiers “pourquoi manger bio c’est mieux” que les fruits et légumes bio ont une meilleure valeur nutri­tive que les non-bios, mais il m’a été impos­sible de trou­ver quoi que ce soit d’of­fi­ciel et fiable là dessus. Cher lecteur, si vous trou­vez sur une étude sérieuse sur le sujet je suis preneuse. C’est certes plus sain de manger bio, car nous évitons l’étape produits chimiques, mais rien ne prouve pour le moment qu’une orange bio contienne plus de vita­mine C qu’une orange non bio 🍊.

Respect de la planète

Et parce que l’on veut que nos petits enfants aient le bonheur un jour de savou­rer un bon brocoli.

Certains pesti­cides peuvent persis­ter pendant des années dans les sols et dans l’eau. Et c’est un cercle vicieux, car les pesti­cides détruisent aussi des insectes qui sont des préda­teurs natu­rels de certains insectes rava­geurs.

En septembre 2018, les néoni­co­ti­noïdes, classe d’insec­ti­cides les plus utili­sés du monde, présents dans 40 % du marché mondial de pesti­cides, seront inter­dits en France (mais rien de concret au niveau euro­péen à ce jour) et pour cause : ces 25 dernières années, ils seraient respon­sables du déclin de 50 % de la popu­la­tion d’abeilles domes­tiques aux États-Unis et au Royaume-Uni. Vous pensez qu’on s’en tape des abeilles ? Abso­lu­ment pas, car il est estimé que plus de 70 % des fruits, légumes et noix que nous consom­mons quoti­dien­ne­ment dépendent des abeilles. Les plantes n’ayant pas de jambes, elles ont besoin d’un agent exté­rieur pour se rencon­trer et se trans­mettre de nouveaux gènes. Et c’est le rôle des polli­ni­sa­teurs.

Le groupe cana­dien Fair­mont a réalisé une série d’images (assez déso­lantes) nous donnant un aperçu de ce à quoi ressem­ble­rait notre alimen­ta­tion si les abeilles étaient amenées à dispa­raître.

Un truc de bobos ?

Un des argu­ments que l’on entend souvent contre le bio, c’est son coût plus élevé. C’est vrai, mais j’aime garder en tête l’idée que le coût de quelque que chose se situe dans sa valeur moné­taire, mais pas que. Dans le cas du bio, il y a le coût au point de vue envi­ron­ne­men­tal à tenir en compte aussi. Un légume non bio coûte moins en argent, mais plus en “capi­tal planète” et “capi­tal santé”.

Notons aussi que l’agri­cul­ture biolo­gique est nette­ment moins subven­tion­née, ce qui signi­fie que les agri­cul­teurs n’ont presque pas de soutien de l’état, contrai­re­ment à l’agri­cul­ture inten­sive, large­ment aidée.

Courge par Gemma Evans

Les pesti­cides nour­rissent-ils le monde ?

La popu­la­tion mondiale devrait atteindre 9,8 milliards en 2050, selon l’Or­ga­ni­sa­tion des Nations unies. Il nous faudra augmen­ter la produc­tion agri­cole de 70 % d’ici là pour nour­rir tout le monde. Selon la FAO, nous pour­rions déjà nour­rir autant de personnes aujourd’­hui, le problème étant l’iné­ga­lité de la distri­bu­tion et non la quan­tité de produc­tion.

Donc non, le mythe d’une famine mondiale qui nous attend au tour­nant si l’on élimine ou dimi­nue les pesti­cides n’est qu’une campagne marke­ting de plus menée par le lobby des pesti­cides. Rappe­lons que l’in­dus­trie des pesti­cides engendre à elle seule 50 milliards d’eu­ros par an et vise à accroître l’ac­ti­vité agri­cole, pas à éradiquer la faim dans le monde (mais ça, personne n’y croyait vrai­ment, si ?).

Utili­ser un ancien mode d’agri­cul­ture qui n’est ni effi­cace sur du long terme, ni sans risques pour la santé n’est donc pas une solu­tion.

À petite échelle voici des pistes vers une solu­tion :

  • Répar­tir équi­ta­ble­ment les terres. Qu’une partie du globe se fasse péter la panse et souffre d’obé­sité pendant que l’autre meure de faim est aussi ridi­cule qu’injuste. Il faut donc favo­ri­ser une alimen­ta­tion locale (manger des ananas qui viennent du Brésil implique que les terres utili­sées pour les ananas ne sont pas consa­crées à culti­ver des hari­cots par exemple, qui seraient consom­més par les Brési­liens) rédui­sant aussi l’im­pact écolo­gique de nos repas.
  • Limi­ter le gaspillage alimen­taire
  • Adop­ter des choix alimen­taires moins gour­mands en ressources (en faisant la part belle aux fruits, légumes et légu­mi­neuses tout en dimi­nuant les produits animaux ou raffi­nés)
  • Favo­ri­ser une alimen­ta­tion biolo­gique (oui, il fallait bien que l’on y arrive !) et raison­née (elle vise à limi­ter l’usage d’en­grais et pesti­cides, d’éco­no­mi­ser les ressources en eaux et de pratiquer le tri des déchets)

Selon la FAO2  nous dispo­sons aujourd’­hui des ressources et tech­no­lo­gies requises pour nour­rir la popu­la­tion de 2050. Ceci à la condi­tion de migrer vers des pratiques plus durables, car celles d’aujourd’­hui mènent à un déclin de la qualité des sols, faisant bais­ser le poten­tiel de produc­ti­vité des terres de façon alar­mante.

La réponse à cette ques­tion est donc : non, le système d’agri­cul­ture actuel dopé aux pesti­cides ne nour­rira pas le monde de demain, bien au contraire.

C’est bio ou pas ?

Dans toute l’Union euro­péenne, le terme “biolo­gique” est protégé, c’est-à-dire qu’il est tout simple­ment inter­dit de l’af­fi­cher sur des produits qui ne respec­tant pas un certain nombre de règles, notam­ment le fait qu’ils contiennent au moins 95 % d’in­gré­dients d’ori­gine agri­cole biolo­gique.

Les labels

On ne recon­naît pas une tomate biolo­gique à une tomate non biolo­gique à sa mine, donc une des premières choses à faire lorsque l’on décide de sauter le pas est de comprendre les labels. Car ils ne se valent pas et il est facile de se retrou­ver convaincu de manger ce qu’il y a de meilleur pour nous et pour la planète alors que, que nenni ! Donc chers lecteurs, si cela n’est pas déjà fait, il est temps de s’éduquer sur la ques­tion, car cela vous permet­tra aussi de vous donner un indice quant aux stan­dards respec­tés garan­tis par le label ainsi qu’à la prove­nance de ce que vous mangez.

Labels bio

Certaines marques qui se prétendent bio n’ont pas de label du tout, dans ces cas-là c’est à vous de mener votre propre enquête : en effet, une certi­fi­ca­tion ne vient pas sans coûts, donc cela pour­rait avoir du sens pour des petites marques indé­pen­dantes de ne pas en avoir.

L’agri­cul­ture raison­née

Parce que tout n’est jamais tout noir ou tout blanc, certains agri­cul­teurs font le choix de s’orien­ter vers une agri­cul­ture raison­née, c’est-à-dire qui prend en compte le respect de l’en­vi­ron­ne­ment (en limi­tant l’usage de pesti­cides et autres substances polluantes) et des travailleurs, la maîtrise des risques sani­taires et le bien-être animal. En France, cela repré­sente 103 critères, qui s’ils sont respec­tés octroient aux agri­cul­teurs le droit d’avoir une certi­fi­ca­tion.
L’agri­cul­ture raison­née fait polé­mique. Dans la mesure où une agri­cul­ture sans pesti­cides et respec­tant entiè­re­ment la planète est possible et ne relève pas de l’uto­pie, j’au­rais une forte tendance à m’orien­ter vers elle. L’agri­cul­ture dite raison­née sonne pour moi comme une demi-solu­tion, qui veut faire mieux sans trop se mouiller pour autant. Elle reste malgré tout une amélio­ra­tion face à l’agri­cul­ture inten­sive, en ralen­tis­sant un peu la cadence effré­née de cette dernière.

Ma vie en bio et sans déchets

(Waouw, mais ça pour­rait être le titre d’un passion­nant livre !) Nous avons recours depuis quelque temps à des paniers bios et ce choix me ravit réel­le­ment, pour plusieurs aspects :

  • C’est bio (sans blague !)
  • C’est local
  • Les fruits et légumes arrivent en vrac dans des cartons qui sont récu­pé­rés par le livreur la semaine suivante, donc c’est le rêve niveau (absence de) déchets
  • Le circuit est court, ce qui limite les inter­mé­diaires entre notre cuisine et l’agri­cul­teur, mettant plus d’argent dans la poche de l’agri­cul­teur plutôt que dans celle d’une chaîne de super­mar­chés.

Légumes par Markus Spiske

(Le panier bio tel que romancé par mon esprit 👆)

Bien qu’il soit en pratique diffi­cile de ne manger qu’ex­clu­si­ve­ment bio sans tomber dans l’or­tho­rexie, notre alimen­ta­tion à Chat et moi à la maison est presque entiè­re­ment biolo­gique. Quant aux repas à l’ex­té­rieur, si j’ai le choix entre deux endroits et que l’un propose un menu bio et l’autre pas, je privi­lé­gie­rai le bio, sans pour autant me faire trop de bile — appe­lez-moi Mamy 👵 si ce n’est pas le cas.

La nour­ri­ture de demain, qui nour­rira réel­le­ment le monde de façon quali­ta­tive reste une ques­tion ouverte, sur laquelle nous avons notre mot à dire, et ce aussi souvent qu’à chaque repas !

Trois feuilles

POUR ALLER PLUS LOIN

SOURCES

  • Crédit photos : Gozha Net, Markus Spiske, Gemma Evans — merci.

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  • thorovi

    J’ai tout lu et c’est bien intéressant ! Merci pour toutes ces recherches, ton partage d’experience et ces infos.

    C’est bien un sujet qui me titille l’esprit depuis quelques mois déjà et je n’ai pas encore pris le pli complètement (même si je suis déjà fier de m’apercevoir que je fais beaucoup plus attention à ce que je mange qu’avant (je partais de très très loin 😬😅)).

    Vous prenez votre panier bio chez qui ? C’est quelque chose que je voudrais essayer !

    V.

    • Mes félicitations 😏 (d’avoir tout lu et de regarder ce qu’il y a dans ton assiette 😁)

      Nos paniers viennent de chez Farmaround (http://farmaround.co.uk), parce qu’ils ont à notre gout le meilleur en terme de qualité, variété, gestion des déchets, le tout avec une éthique presque irréprochable ! On a aussi testé Abel & Cole (les fruits étaient presque tous pourris en arrivant :() ainsi que Riverford, qui nous livraient trop souvent des trucs impossibles à cuisiner.
      Farmaround a le juste milieu entre variétés de fruits et légumes connus et trucs-dont-on-ne-connait-toujours-pas-le-nom (mais qui sont bons tout de même).

      Des bisous !