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Palmier à huile par Klara Sasova

L’huile de palme, pourquoi pas ?

Cela fait quelques années que l’on en parle et qu’on se le dit ; huile de palme, c’est le mal. On m’avait person­nel­le­ment eue à l’usure ; j’avais une vague idée de l’huile de palme comme étant nocive pour la santé et la planète, mais sans grandes convic­tions. Du coup, j’ai décidé de creu­ser un peu le sujet…

Petit exposé sur ladite huile de palme

Quand on parle d’huile de palme, on a tendance à oublier qu’elle a en fait deux aspects : l’huile de palme à propre­ment parler, et l’huile palmiste. Il est grand temps de remettre les choses au clair !

Le palmier à huile est l’arbre qui produit l’huile de palme, extraite de la pulpe rouge des noix, et l’huile palmiste, issue de l’amande de la noix. L’huile palmiste est prin­ci­pa­le­ment utili­sée dans les cosmé­tiques et pein­tures tandis que l’huile de palme se trouve dans une grande quan­tité des produits que nous mangeons.

Ce palmier pousse très vite — entre 3 et 4 ans —, coûte très peu (en terme finan­cier en tout cas), présente une bonne stabi­lité à haute tempé­ra­ture, se conserve bien et peut produire de l’huile pendant près de 30 ans, ce qui fait donc sa produc­tion une des plus rentables par hectare, par rapport à d’autres huiles végé­tales.

Utilisation huile de palme par WWF

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L’huile de palme repré­sente à peu près 65 % des huiles végé­tales 1 utili­sées dans les produits de consom­ma­tion. De façon plus globale, il est estimé que les huiles de palme et palmiste sont présentes dans 30 % 2 des produits que nous consom­mons ou utili­sons — hors alimen­ta­tion animale.

Présen­tée comme cela, on dirait bien qu’elle mérite la palme — ho ho ! — des huiles. Et pour­tant, elle a déchaîné bien des passions ces dernières années, et à juste titre ! Alors, l’huile de palme, pourquoi pas ?

Pour les arbres, pardi !

(et les animaux qui habitent habi­taient dedans)

Indonesie par Jonas Verstuyft

Pour produire une telle quan­tité d’huile de palme, eh bien il faut de la place. Et vous me direz de la place, il y en a quand même, non ? C’est vrai, il y en a, mais elle est déjà occu­pée, et par des forêts.

80 % de la défo­res­ta­tion est due à l’agri­cul­ture 3, avec l’huile de palme et le soja (qui pour rappel nour­rit les végé­ta*iens un tanti­net, et les animaux d’éle­vage beau­coup plus) comme premières respon­sables.

En 2006, c’était déjà 13,6 millions d’hec­tares 4 de terres qui avaient été rasées pour faire pous­ser des plan­ta­tions de palmiers à huile, essen­tiel­le­ment en Malai­sie et en Indo­né­sie, prin­ci­paux produc­teurs d’huile de palme — cela corres­pond à peu près à la taille de Grèce, pour ceux qui n’ont pas le compas dans l’œil.

Quand on lit cela, on se dit tout de même que nous cour­rons à notre perte, surtout lorsque l’on sait que ces forêts, abat­tues pour lais­ser place aux plan­ta­tions d’huile de palme, abritent de nombreuses espèces animales présentes unique­ment dans ces forêts. Dans ces plan­ta­tions d’huile de palme, le nombre d’es­pèces d’oi­seaux a chuté de plus de 70 % 5, et celui des papillons de plus de 80 % 6.

La culture de palmiers à huile est la prin­ci­pale cause de défo­res­ta­tion en Asie du Sud-Est menaçant les dernières forêts tropi­cales natu­relles, logis des éléphants de Suma­tra ou encore les dernières popu­la­tions de tigres. Ce déboi­se­ment agres­sif a aussi pour consé­quence l’ex­tinc­tion immi­nente de l’orang-outan : la moitié des 70 000 spéci­mens 7 vivants habitent au sein des zones exploi­tées pour la produc­tion d’huile de palme.

Deforestation

La forêt précède les peuples ; le désert les suit.

François-René de Chateau­briand

Pour la planète

Nous le savons main­te­nant, la défo­res­ta­tion liée à la culture de l’huile de palme aggrave les effets des chan­ge­ments clima­tiques. En effet, les forêts ne peuvent plus exer­cer leur fonc­tion de stockage de carbone, et les gaz à effet de serre jusqu’a­lors absor­bés par les arbres sont donc relâ­chés dans l’at­mo­sphère.

Peu de cultures sont béné­fi­ciaires à la planète si elles sont en excès : quelques plan­ta­tions de palmiers à huile ne feraient abso­lu­ment aucun tort ; là où l’im­pact commence à être néga­tif, c’est quand il est inten­sif, exclu­sif, et compro­met l’exis­tence d’autres arbres, ou d’ani­maux. Dans le cas de l’huile de palme, nous avons affaire à de gigan­tesques mono­cul­tures, donc forcé­ment, cela amène à une perte de la biodi­ver­sité.

Comme mentionné plus haut, un des atouts de l’huile de palme qu’elle est la super­star de la produc­ti­vité. En effet, son rende­ment est 10 fois supé­rieur à l’huile de soja, et 8 fois supé­rieur à l’huile de tour­ne­sol. Ce rende­ment est inté­res­sant dans un monde de plus en plus peuplé — et vorace —, mais contri­bue aussi à augmen­ter la demande, en arro­sant de plus en plus de secteurs à grands jets d’huile de palme.

Prévision de la demande huile de palme

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Pour les hommes aussi…

L’em­pié­te­ment sur l’ha­bi­tat de ces espèces animales crée de nombreux conflits entre hommes et animaux, mais aussi des conflits sociaux dus à des dépla­ce­ments forcés de popu­la­tions autoch­tones. Elles se retrouvent expro­priées, et en perdant leurs forêts, elles perdent pour certaines leur seul moyen de subsis­tance en termes d’ali­men­ta­tion et d’eau. Le procédé le plus courant pour se débar­ras­ser des forêts tropi­cales est de les brûler, causant aussi énor­mé­ment de pollu­tion de l’air pour les commu­nau­tés avoi­si­nantes.

Ceci dit, 15 à 20 millions d’In­do­né­siens 8 vivent de la produc­tion de l’huile de palme. Ça, c’est pour le côté posi­tif.

 

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Mauvaise pour la santé ?

Marga­rine, choco­lat, produit lessive, cosmé­tique, pein­tures, crèmes, sham­poings, pâtis­se­ries, bonbons, aliments pour bébés… On la trouve partout ! Depuis 2014, il est inter­dit de la cacher de la liste des ingré­dients derrière un mysté­rieux “huile végé­tale”. Ouf ! Néan­moins, les étiquettes ne nous en indiquent pas la concen­tra­tion.

Mais savez-vous pourquoi exac­te­ment elle est nocive pour la santé ? Commençons au début, parlons de graisses satu­rées, ou plutôt d’acides gras satu­rés. La diffé­rence entre les graisses satu­rées et insa­tu­rées réside dans une diffé­rence de compo­si­tion chimique. Un excès de graisses satu­rées engendre une augmen­ta­tion du taux de mauvais choles­té­rol, consti­tuant un facteur à risque pour le déve­lop­pe­ment des mala­dies cardio­vas­cu­laires, cancers, et diabète de type 2.

Cela étant dit, reve­nons à notre huile de palme. Toutes les huiles végé­tales contiennent des graisses satu­rées, à hauteur de 7 à 14 % (7 % pour l’huile de Colza, 13% pour l’huile de tour­ne­sol, 14 % pour l’huile d’olive et 9 % pour l’huile de lin). Le problème avec l’huile de palme, c’est qu’elle en contient — roule­ment de tambours 49 % !

Avec l’huile de palme, c’est donc la fête du slip des acides gras satu­rés !

Comme pour tout, une des options les plus sages se situe­rait dans une consom­ma­tion modé­rée. Seule­ment le souci avec l’huile de palme est qu’elle est présente presque partout, rendant cet équi­libre et ce juste milieu très durs à main­te­nir, à moins de ne manger abso­lu­ment aucun aliment trans­formé (ou proces­sed food diront nos amis anglo­phones). Alors clai­re­ment, l’huile de palme se trouve dans une majo­rité de produits nutri­ton­nel­le­ment inutilescoucou Nutella —, mais je tire mon chapeau à celui ou celle qui pourra se vanter de ne rien consom­mer de trans­formé.

Ne la diabo­li­sons pas non plus !

Avez-vous entendu parler du gras trans (ou trans­fat) ? Ce sont les plus grandes concur­rentes de l’huile de palme, dans le style j’ai-une-super-texture-pas-d’odeur-et-je-fais-crous­tiller-les-choses.

Les gras trans, ce sont des acides gras insa­tu­rés qui ont été hydro­gé­nés — un procédé chimique qui fait chan­ger leur compo­si­tion chimique. Et PAF ! Ça fait de la marga­rine. Ces gras trans sont aussi très présents dans les vien­noi­se­ries, pâtis­se­ries, barres choco­la­tées… Ce procédé a le talent de rendre la matière plus solide et moins oxydable — en gros, l’huile pour­rit moins vite. Une étude 9 a démon­tré que les gras trans pour­raient faire augmen­ter le risque de troubles cardio­vas­cu­laires de 132 % chez les femmes — là où les graisses satu­rées le font augmen­ter de 32 %.

Soit on utilise une huile végé­tale insa­tu­rée que l’on va hydro­gé­ner pour la rendre solide, créant au passage des acides gras trans — je vous avais dit que le point culture serait utile ! — soit on utilise une matière grasse végé­tale qui est déjà solide à tempé­ra­ture ambiante, et ne contient pas d’acide gras trans. Là où je veux en venir, c’est que l’uti­li­sa­tion d’huile de palme, dans ces cas-là, permet de rempla­cer des graisses trans, encore plus nocives que l’huile de palme.

Voilà, comme ça vous ne pour­rez pas dire que je n’ai fait que casser du sucre sur le dos de l’huile de palme. Bon vous me direz, la solu­tion est peut-être de ne consom­mer ni l’un, ni l’autre, et je suis bien d’ac­cord avec vous.

Alors, on boycotte ?

Côté écolo­gie, WWF parti­cipe depuis 2004 au déve­lop­pe­ment de la table ronde pour l’huile de palme durable RSPO : un système de certi­fi­ca­tion pour une huile de palme “durable”. Ce système contri­bue­rait à proté­ger la nature et les hommes en garan­tis­sant des condi­tions de travail et des salaires plus justes. À ce jour, envi­ron 10% des plan­ta­tions d’huile de palme sont certi­fiées (on recon­naît ces produits estam­pillés du logo RSPO). Bon, c’est bien joli, mais quand on sait que l’un des membres de la table Ronde est Syngenta, produc­teur du paraquat, qui est un pesti­cide neuro­toxique inter­dit en Suisse depuis 1990 et par l’Union euro­péenne depuis 2004 et large­ment utilisé sur lesdits palmiers à huile, on se sent un peu trahi… Alors cette huile de palme durable, réelle solu­tion ou poudre de perlim­pin­pin ?

Si nous voulions élimi­ner l’huile de palme tout en conti­nuant à consom­mer des produits trans­for­més, il faudrait accep­ter de payer notre alimen­ta­tion plus cher, car une des raisons pour laquelle elle est présente partout est qu’elle est parti­cu­liè­re­ment bon marché.

Boycot­ter l’huile de palme en gardant le même mode d’ali­men­ta­tion signi­fie­rait encou­ra­ger la produc­tion d’autres huiles végé­tales pas forcé­ment plus écolo­gique­ment ou socia­le­ment accep­tables, compte tenu de leur plus faible rende­ment par hectare, et la quan­tité de pesti­cides néces­saire à leur produc­tion.

Orang outan par Albert Augustin

Globa­le­ment, éviter les produits trans­for­més — mais j’ai la petite intui­tion que tout le monde le savait déjà —, car les produits bruts ne contiennent pas d’huile de palme, ni acides gras trans. La solu­tion suprême ultra-effi­cace : faites à manger vous-même ! Et si vous n’avez pas le temps, cuisi­nez en grosse quan­tité, puis conge­lez vos déli­cieux mets pour les soirs de semaine où le temps se fait plus rare. C’est un petit inves­tis­se­ment en termes de temps, mais un gros en termes de santé — et de nombreuses familles d’orangs-outans vous diront merci.

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SOURCES

  • Crédit photos : Klara Sasova, Albert Augus­tin, Jonas Vers­tuyft— merci.

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  • Passionnant, merci !
    J’avais lu quelque part que l’huile de palme RSPO c’était juste du gros foutage de gueule. Du coup quoi qu’il arrive, je fais en sorte de l’éviter, et franchement : mon niveau de vie n’a pas diminué ! ^^ (même si mon homme préférait le vrai nutella et qu’il me lance souvent des regards accusateurs en mangeant sa pâte à tartiner « jardin bio » :D)
    Par contre, sans avoir vraiment approfondi le sujet, je pensais que sa nocivité avait été plus ou moins infirmée… bon apparemment, c’est pas du tout le cas ! Merci pour l’info 😉
    (je m’installe hein, désolée ^^)

    • Mais re-bonjour Suny, ravie que tu te plaises sur la fenouillade 😀 En fait l’huile de palme a probablement fait un coupable idéal dans une société ou personne n’a envie d’entendre que la nourriture transformée, c’est pas l’option santé… Pas qu’il faut mettre tout ce qui est transformé à la poubelle (tu m’as donné envie avec la pâte à tartiner Jardin Bio d’ailleurs), mais plus de consommer ces produits là en compagnie de Madame Modération 🙂