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fille à la plage par Jordan Sanchez

J’ai arrêté de prendre la pilule : bilan un an après

J’ai rare­ment eu un senti­ment plus libé­ra­teur que celui éprouvé le jour ou j’ai décidé d’ar­rê­ter de prendre la pilule. Je fais en effet partie de cette géné­ra­tion de femmes dopées à la pilule contra­cep­tive. Lors de ma première visite chez la gyné­co­logue, à l’âge de 16 ans, c’était bien simple. Tu as des règles irré­gu­lières ? De l’acné ? Tu cherches un contra­cep­tif ? Une licorne argen­tée ? Voici la pilule, présen­tée comme l’unique et ultime solu­tion pour la jeune femme moderne que j’étais. C’est bien simple, la gyné­co­logue ne m’a posé aucune ques­tion sur mes anté­cé­dents fami­liaux et mes moti­va­tions, et surtout ne m’a présenté aucune des autres méthodes dispo­nibles sur le marché.

Bien sûr, j’avais déjà eu bruit de ces alter­na­tives, car elles m’avaient été briè­ve­ment ensei­gnées à l’école, en cours d’éduca­tion sexuelle. Présen­tées comme les grandes inef­fi­caces et obso­lètes de la compé­ti­tion, les alter­na­tives natu­relles étaient mises de côté, décrites d’an­ciennes et peu fiables.

Pourquoi diable arrê­ter la pilule, pour­tant si libé­ra­trice ?

Je ne jette pas la pierre à la pilule, car elle a pu libé­rer sexuel­le­ment des millions de femmes, et m’a person­nel­le­ment convenu pendant des années.

Ce qui m’a moti­vée à m’orien­ter vers un moyen de contra­cep­tion entiè­re­ment natu­rel est un souhait d’in­dé­pen­dance premiè­re­ment (vous aussi vous véri­fiez anxieu­se­ment 10 fois que la sainte plaquette est bien dans votre sac avant de partir en voyage ?), mais aussi l’en­vie de cadrer dans la démarche de bien­veillance et de douceur envers mon corps que j’en­ta­mais à ce moment-là. C’est vrai non, au milieu de tous ces pesti­cides, pollu­tion et produits chimiques, il me semblait juste décou­lant de bon sens, surtout si j’ai le choix, d’évi­ter d’ajou­ter un trai­te­ment supplé­men­taire quoti­dien, et d’in­gé­rer des produits dont je ne maîtrise ni la compo­si­tion ni les effets sur mon corps.

Chan­ge­ments physiques

En ce qui concerne les joyeu­se­tés qui se passent dans le corps après la pilule, chaque corps est très, très diffé­rent, donc l’ex­pé­rience pourra beau­coup varier d’une personne à l’autre.
Je n’avais jamais eu d’acné — bon j’exa­gère, un petit bouton par mois sur le pif, avant l’ar­ri­vée des règles, rien de bien méchant —, mais en arrê­tant la pilule, ça a un tout petit peu changé la donne. Non, soyons honnêtes, si je n’ai rien eu les 3 premiers mois après l’ar­rêt de la pilule, c’est juste que l’apo­ca­lypse se prépa­rait en secret. Après ça, pendant 9 mois envi­ron, le haut de mon dos a ressem­blé à une calcu­la­trice. Je vous assure, au point de ne pas mettre de débar­deurs en été, parce qu’en plus de paraître très jeune en temps normal, là j’avais carré­ment l’air de l’ado­les­cente en pleine puberté (et à 24 ans, ça décré­di­bi­lise quand même un peu).
Après main­te­nant un an et quelques mois, je n’ai pas encore exac­te­ment retrouvé ma peau d’an­tan, mais presque.
Mes cycles ne sont toujours pas régu­liers — le seront-ils un jour ? —, mais les signes précur­seurs des règles sont beau­coup plus flagrants (poitrine sensible, fatigue intense, et l’en­vie de me vautrer dans le canapé toute la jour­née) et me permettent donc de ne jamais être prise au dépourvu. Donc je dirais qu’au point de vue des chan­ge­ments physiques, il y a eu une période de tran­si­tion pas des plus glamour, mais j’ai main­te­nant l’im­pres­sion de beau­coup mieux connaître mon corps et d’être nette­ment plus en phase avec lui. Rien que pour cela, ça en valait la peine !

Chan­ge­ments psycho­lo­giques

Alors autant les chan­ge­ments physiques étaient plutôt soft, au point de vue psycho­lo­gique, ce fut un peu l’ex­plo­sion ! Mes ressen­tis ainsi que mes humeurs sont extrê­me­ment fluc­tuants depuis l’ar­rêt de la pilule. Cela ne me dérange pas, je préfère être mon vrai-moi avec ses varia­tions hormo­nales qu’un moi-sous-séda­tif, ration­nelle avec une humeur toujours stable. En gros, mes émotions, qu’elles soient posi­tives ou néga­tives, sont ampli­fiées x 830394 ! Mes petites joies sont deve­nues des bonheurs intenses et, qu’on se le dise, mes petits chagrins sont aussi deve­nus des drames (vous avez déjà pleuré parce que vous ne trou­viez pas votre deuxième chaus­sette vous ?).

Oiseaux par Max Ostrozhinskiy

Et main­te­nant quoi ?

Passée l’eu­pho­rie de me dire que j’étais une femme libre — celles qui sont déjà passées par là ont proba­ble­ment eu le même senti­ment de liberté et de reprise en main de leur corps et leur exis­tence — je me suis retrou­vée un peu penaude en réali­sant que les alter­na­tives natu­relles brillaient par leur absence. J’ai longue­ment discuté avec deux gyné­co­logues — ben oui, pour être sûre ! — qui m’ont toutes les deux dissua­dée d’op­ter pour un stéri­let en cuivre, premiè­re­ment parce qu’il n’était pas si fiable que cela, et aussi parce qu’il y avait une chance sur deux que mon corps le rejette. Bon d’ac­cord, il y a une troi­sième raison : je suis une incroyable douillette, mon seuil de tolé­rance à la douleur est proche de celui d’un bébé chat. Les quelques témoi­gnages que j’ai pu trou­ver ne m’ont pas rassu­rée et sans vouloir trop plai­der ma cause, si une méthode implique autant de souf­france physique, c’est aussi un signal que l’on inflige une violence à son corps, dont on pour­rait dans ce cas-ci se passer.

Bref, après main­te­nant une année sans pilule, je laisse mon corps se remettre de toutes ses émotions, pendant que je me renseigne sur un moyen de contra­cep­tion entiè­re­ment natu­rel. Je ne vous en dis pas plus ici, car je ne suis pas encore entiè­re­ment convain­cue ni rensei­gnée sur cette méthode. Promis, si je me décide à l’uti­li­ser, je vous en parle­rai !

Conclu­sion

Cette expé­rience m’a permise de réali­ser que je ne connais­sais pas mon corps sans la pilule, étant donné que j’ai commencé à l’uti­li­ser dès l’en­trée dans l’ado­les­cence. Malgré les quelques effets néga­tifs cités plus haut, je ne regrette pas du tout mon choix, bien au contraire ! J’es­père d’ailleurs avoir pu rassu­rer celles d’entre vous tentées d’ar­rê­ter aussi, et j’es­père surtout pouvoir vous parler d’une méthode de contra­cep­tion effi­cace, respec­tueuse de nos corps et de l’en­vi­ron­ne­ment très prochai­ne­ment !

Trois feuilles

 

POUR ALLER PLUS LOIN

SOURCES

  • Crédits photos : Jordan Sanchez, Max Ostroz­hins­kiy  — merci.
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  • marmottine

    J’ai arrêté la pilule en Février 2013 pour avoir un bébé qui est né en Mars 2015. Et depuis je n’ai pas repris de méthode de contraception. Quelques boutons, oui. Des cycles qui ont mis du temps à redevenir normaux, oui. Mais je me sens bien, alors pourquoi devrais-je revenir en arrière ? J’ai décidé d’inverser les rôles dans le couple et de ne m’imposer ni pilule ni stérilet 🙂

    • Merci pour ton commentaire ! C’est clair que personnellement aussi, les points positifs compensent les quelques points négatifs… J’ai aussi remarqué que bien souvent, si l’on propose à un homme l’idée d’une pilule masculine, les retours ne sont pas très enthousiastes… Cela permet de leur côté de mieux comprendre notre démarche !

  • Charlotte

    Hello!!
    Moi aussi j’ai arrêté la pilule, apres 12 ans d’avalage quotidien! Ca fait seulement 3 mois, et dans mon cas, c’est drôle, mais ça a calmé mes boutons, alors que la prenait, en parti pour ca! 😳
    … mais là… ça commence à bourgeonner un peu, je commence à tressaillir! (J’ai 32 ans tout de même!!)
    J’ai décidé d’arrêter pour les mêmes raisons que toi, et j’en suis très contente! J’ai
    L’impression que mon corps m’appartient à 100% maintenant! Par contre je suis fâchée de ce que tes gyneco t’ont dit! Un rejet?!! Mais non! Le stérilet est probablement le meilleur moyen de contraception qui existe!! Par contre, c’est vrai, la pose est douloureuse, mais ça ne dure pas. Il y a une dizaine de seconde ou t’as envi de resserer les jambes, et de donner un coup de pied retourné au médecin, mais ça passe. Les heures suivantes sont comme une période de règles intense niveau sensation, mais le soir venu, tout va mieux.
    Il y a beaucoup de gyneco qui refuse de les poser sur les femmes qui n’ont jamais eu d’enfant, pour d’obscures raisons, et parce que l’utérus est plus petit et moins souple. Mais il existe des mini stérilet fait pour. Et je vais encore contredire tes gyneco, mais c’est la méthode la plus fiable!
    Moi j’en suis très contente! Sinon, as tu entendu parler de la méthode des jours comptés + température (à l’aide d’une machine spéciale)… je ne sais plus comment ça s’appelle…
    Sinon en ce moment il y a de nouvelles découverte faite sur le sujet. Une méthode naturelle, à base de mangue (un système qui déroute les spermatozoides) , ainsi qu’une pilule pour homme! Je ne me souviens pas précisément de tous les détails de ses découvertes, mais je pourrais t’envoyer des liens si ca t’intéresse!

    😉
    Charlotte.

    • Bonjour Charlotte, merci de me partager ton expérience ! Je suis assez surprise aussi de voir que le stérilet convienne à tant de femmes, tant l’écho que j’en ai eu du côté des professionnels était négatif…
      Concernant les autres méthodes, serait-ce de la lady-comp (http://www.lady-comp.fr) que tu parles ? Ce système-là se base je pense, exclusivement sur la prise de températures (à heures précises), et permet en l’utilisant pendant un certain temps que la machine aiguise son algorithme jusqu’à être à 100% efficace… Cette méthode me semble assez intéressante en complément à une autre méthode naturelle, histoire de valider les résultats. Mais se baser entièrement sur les températures ne me convainc personnellement qu’à moitié, car il pourrait y avoir d’autres éléments qui entrent en jeu qui font varier notre température corporelle, sans pour autant que cela ait quoi que ce soit comme influence par rapport à une potentielle fertilité ou non.
      Sinon je suis curieuse, je veux bien plus d’informations sur les autres méthodes ! (celle à base de mangue m’intrigue particulièrement je t’avoue !)

      • Charlotte

        Hello!
        Oui c’est bien cela, je parlais du Lady Comp! Ca me paraissait intéressant et j’en ai parlé à ma gyneco qui m’a dit que ce n’était pas vraiment fiable vu que les spermatozoides peuvent vivre jusqu’à 5 jours à l’intérieur de nous :D!
        En ce qui concerne l’autre méthode, voici où j’ai lu l’article: http://www.cosmopolitan.fr/une-pilule-sans-hormone-a-base-de-plantes-pourrait-revolutionner-la-contraception,1994517.asp

        Ma mère est tombée enceinte, quasiment à chaque fois avec différentes méthodes de contraception ( ok c’était il y a 30 ans, mais bon…), donc je t’avoue que je resterai sur le stérilet, mais j’espère que tu trouveras ton bonheur! 🙂
        Et pendant ce temps, on peut toujours étendre la bonne parole de la contraception masculine! 🙂
        il y a quelques articles dessus, ici: http://dailygeekshow.com/?s=contraceptif

  • Ca Se Saurait

    Coucou,

    Nous sommes de plus en plus de femmes à arrêter la pilule et le phénomène prend tant d’ampleur que j’ai décidé d’écrire un livre sur le sujet qui sera publié en septembre : J’arrête la pilule.

    Un an d’investigation autour de la pilule pour comprendre pourquoi de plus en plus de femmes l’arrêtent et si ce qu’elles pensent a une justification. On fera donc le point sur les questions que toi (et de nombreuses) autres nous posons autour de la pilule : est-elle dangereuse pour ma santé, pour l’environnement ? Le livre enquête sur l’histoire de la pilule et relie tout cela au féminisme, à la place des femmes. J’ai aussi lancé un sondage auprès de 3 616 femmes qui m’ont confié leurs opinions et le tout est juste innatendu, passionnant et surtout hors des sentiers battus.

    Après 10 ans de pilule et deux ans de douleurs sous DIU cuivre j’aborde brièvement la contraception que j’utilise depuis un an : syptothermie + préservatif (donc préservatif 10/12 jours par mois au lieu de trente sans cette méthode naturelle qui me permet de savoir quand je suis fertile ou non). Le livre détaillera d’ailleurs toutes les contraceptions disponibles de nos jours sans hormones.

    Publication le 13 septembre si ça t’intéresses 🙂

    (cf. http://anneetarnaud.com/sabrina-debusquat-pilule-liens-liberent/)

    Bises.

    Sabrina.

    • Hello Sabrina ! Ton livre m’a l’air bien intéressant, je vais sans doute me laisser tenter… Surtout s’il parle un peu de symptothermie, qui m’intéresse énormément ! Je cherche en ce moment des témoignages sur cette méthode, qui m’intrigue beaucoup, et me convainc en tout ças bien sur papier. Se rapprocher de son corps en le comprenant mieux, ça me botte tout à fait ! Je reposte le lien de ton livre ici, disQus a fait des siennes et l’a jugé trop long, je pense. http://bit.ly/2t8uIwT
      Passe une douce semaine 🙂

      • Ca Se Saurait

        Hello, rhaaa Disqus nous coupe la chique ? :-p

        Dans le livre je raconte justement mon expérience de la symptothermie (à laquelle je suis venue en dernier recours après pilule et trop de douleurs sous du DIU cuivre) et je parle de notre génération qui est en train de lutter pour de nouveaux combats féministes (ne plus du tout souffrir pour sa contraception, ne plus voir chaque étape de sa vie hypermédicalisée (donc sous contrôle d’autres finalement) : accouchement, adolescence, ménopause, etc… Tu me diras après lecture si ça t’as plu !