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Visage par Chad Madden

Autour de la hantise des cheveux blancs

Vous vous direz sûre­ment : “en quoi donc peux-tu te sentir concer­née par cette ques­tion ou en comprendre les impli­ca­tions, chère jeune personne ?” Ben oui faut dire, à 24 ans c’est rare, quand même ! Et bien voilà, il se trouve que ma sœur et moi avons la géné­tique rebelle : nous sommes toutes les deux dans la ving­taine, et pour­tant une quan­tité plus ou moins impor­tante de cheveux blancs a déjà ci et là trouvé sa place sur nos petites têtes. Le premier réflexe, quand ma sœur m’a parlé de ses cheveux blancs, était de les teindre.

Ils viennent d’où ces petits bâtards ?

Bon, pour quand même savoir de quoi l’on parle, rensei­gnons-nous d’abord sur la raison physio­lo­gique à l’ori­gine de tout ce malaise. Pourquoi les cheveux deviennent-ils blancs ?

Les cheveux doivent leur couleur à la méla­nine, qui pigmente les cheveux pour leur donner leur couleur. La méla­nine est produite par des cellules nommées les méla­no­cytes. Elle est ensuite incor­po­rée dans d’autres cellules (les kéra­ti­no­cytes) qui produisent la kéra­tine (en gros, nos cheveux). À partir d’un certain âge (diffé­rent d’une personne à l’autre), cette petite méca­nique se fatigue, les méla­no­cytes ne produisent plus assez de méla­nine, et ledit cheveu blanc appa­raît (la cani­tie : c’est le nom de ce joyeux phéno­mène).

Bref, à moins d’être ultra carencé ou bien trop stressé, les cheveux blancs sont le résul­tat d’un proces­sus normal et natu­rel. Pas de quoi en faire une crise d’an­goisse quoi !

Bref, c’est le malaise. Mais pourquoi ?!

Au-delà du fait que les cheveux blancs à un si jeune âge ne sont pas courants, les cheveux blancs sont liés à un certain malaise. Je ne connais personne qui s’est réveillé un matin en criant “HOURRA ! J’ai ENFIN mon premier cheveu blanc !”

Cette hantise du cheveu blanc met en lumière un problème plus profond qu’un simple souci esthé­tique, qui est le rapport de notre société à la vieillesse. Et pour ceux qui l’avaient vu venir : oui mesdames, nous sommes forte­ment désa­van­ta­gées sur cette ques­tion.
Le monde des stars est toujours inté­res­sant à obser­ver, car il repré­sente un peu un état des lieux exacerbé de notre société. Avez-vous donc remarqué à quel point on se réjouit d’un homme qui “vieillit bien”, qui a de “l’al­lure”, ou encore du “charisme”. J’at­tends toujours qu’on utilise ces termes pour décrire une femme… La quan­tité de crèmes anti­rides qu’il est possible de nos jours de trou­ver dans n’im­porte quelle grande surface est impres­sion­nante. Oh, mais tiens, elle est où la crème anti­rides pour hommes ?! Elle existe bien sûr, mais pas en 100 tailles/modèles/compo­si­tion diffé­rentes, parce que les hommes ont le privi­lège de pouvoir vieillir tranquille­ment, sans devoir s’inquié­ter au sujet de la dépré­cia­tion de leur pouvoir de séduc­tion.

Il existe bien entendu des femmes de plus de 40 ans qui restent dési­rables. Vous ne voyez pas ? Mais si, les fameuses cougars… Il est aujourd’­hui normal et banal d’avoir une pano­plie d’ap­pel­la­tions pour la femme qui sera belle, mais qui est vous savez, plus “mature”. Cougar, MILF, et j’en passe. Un homme de 60 ans qui est sexy, lui n’a pas besoin d’un petit nom, parce que l’on ne se sent pas oblige de préci­ser que c’est homme-qui-n’est-pas-si-jeune-MAIS-quand-même-sexy. Pour nous les femmes, ça coule visi­ble­ment moins de source, on est soit sédui­sante, c’est-à-dire jeune, ou alors on est réduit au rang de ces char­mants petits descrip­tifs (à peine sexua­li­sés comme vous l’au­rez remarqué).

Ce rapport à la vieillesse n’est pas une géné­ra­lité partout sur le globe. Beau­coup de cultures du Sud attri­buent vieillesse à sagesse, là où nous la consi­dé­rons souvent comme un signe d’échec, de perte de vitesse, voir parfois même d’alié­na­tion.

Cette peur irra­tion­nelle du cheveu blanc nous rappelle aussi que notre société nous véhi­cule une image de la femme parfaite qui n’est pas perti­nente du tout : qui se recon­naî­tra en cette jeune femme de 18–25 ans, la taille de pin-up (oui parce que la femme parfaite n’a jamais eu d’en­fants), les yeux de biche qui se réveille d’une nuit ultra répa­ra­trice de 12 heures et le teint frais comme une brise de prin­temps. Qui, hein ?! Au fond, c’est nul de se tortu­rer à essayer de lui ressem­bler à cette femme, vu qu’elle n’existe pas (merci Photo­shop, la publi­cité, les maga­zines fémi­nins et la télé).

Au cours d’une discus­sion au sujet des cheveux juste­ment, la maman de Chat (person­nage haute­ment iconique : vous la rencon­tre­riez vous serez impres­sionné !) a mentionné que ses cheveux blancs faisaient partie d’elle, et que c’est pour cette raison qu’elle ne ressen­tait pas le besoin de les teindre. Je me rappelle que sur le moment même, cette décla­ra­tion, venant d’une des femmes les plus sédui­santes que je connaisse, en plus de beau­coup m’im­pres­sion­ner, a cham­boulé toute ma vision des cheveux blancs.
Au final le but de cet article est un peu de nous rappe­ler de faire preuve de plus de bien­veillance envers nos corps : il sera toujours tentant de se compa­rer, mais si on limi­tait les dégâts ? Réap­pre­nons à aimer ce qui rend notre corps unique, au lieu de tenter à tout prix d’éli­mi­ner ces parti­cu­la­ri­tés pour mieux se fondre à tout prix dans un moule. Réap­pre­nons aussi à prodi­guer ce soin “natu­rel” que l’on peut faire à son corps en accep­tant tout simple­ment de le lais­ser être lui-même.

Les cheveux blancs devraient être comme le choco­lat : libre à vous d’en avoir un peu, beau­coup, ou à la folie.

Trois feuilles

 

POUR ALLER PLUS LOIN 

SOURCES

  • Crédits photo : Chad Madden — merci.
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  • Ca Se Saurait

    Hello, je vois qu’on a quelques affinités puisqu’on parle un peu des mêmes sujets sur ton blog et le mien 🙂

    J’avais rédigé un article sur les cheveux blanc en société il y a quelques années si cela t’intéresse : les réactions en commentaires sont aussi sympa à lire 🙂 (cf. https://www.ca-se-saurait.fr/2013/02/14/pourquoi-les-cheveux-blancs-derangent/)

    Bises !

    • Bonjour Sabrina, merci pour ton commentaire 🙂 Je suis allée rendre une petite visite à ton blog, j’ai l’impression que mon article fait écho aux tiens sur le sujet du coup ! Le lien s’est perdu dans DisQus, donc pour les intéressés, voici : http://bit.ly/2tAUyKN. J’ai encore plus particulièrement aimé celui-ci, sur la place des femmes de plus de 30, 40, 50 ans dans notre société http://bit.ly/2uBF6uN.

      • Ca Se Saurait

        Merci, décidément Disqus is not my friend (première fois que je m’y inscrit justement pour pouvoir te répondre ici ^^

        Merci pour les liens !

  • Ha, ces cheveux blancs ! J’ai découvert mes trois premiers cheveux blancs sur le sommet de mon crâne à 16 ans (je bats quasiment tout le monde haut la main, je crois ! ^^). Pendant plusieurs années, ils sont restés seuls au monde et je me suis contentée de les arracher méchamment quand ils commençaient à jouer les ressorts sur ma tignasse, puis d’un coup ils ont commencé à se multiplier et j’ai arrêté de les arracher parce que ça prenait trop de temps… Depuis quelques années maintenant j’en ai vraiment pas mal. Il y a deux ans je m’étais trouvé une coiffeuse qui fait des colorations naturelles pour couvrir tout ça… la couleur est restée deux semaines alors que j’y avais passé une matinée, j’ai vraiment pas trouvé ça intéressant. Du coup je m’étais acheté de quoi me faire mon propre mélange pour les colorer chez moi. Les sachets traînent depuis deux ans dans un tiroir ; ils n’ont jamais été ouverts, j’ai plein de cheveux blancs, et en fait, je n’y fais même plus attention. Chou me les fait parfois remarquer mais je crois qu’au fond, il s’en fout aussi (en même temps, je me trimballe sans soutif et je suis l’odieuse mangeuse de racines dans nos familles de viandards, alors il a pire à gérer que mes cheveux blancs :D). Jusque là, personne d’autre ne m’en a jamais parlé. Comme quoi, c’est pas un crime d’avoir des cheveux blancs, et on y survit très très bien 🙂
    (encore un pâté, désolée, je ne sais pas faire court et je crois que j’aime bien raconter ma vie ^^’)

    • Hahaha ! Ton explication est très imagée, j’ai bien ri ! 😀 En fait oui, garder ses cheveux blancs, c’est un peu comme retirer son soutif ou arrêter de manger des animaux : c’est un acte à contre-courant des gens « normaux », et donc pas toujours bien reçu…