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Chiot par Andrew Branch 2

Animaux de compa­gnie : un réel trafic ?

Ca y-est, je n’ha­bite plus chez papa et maman, et je n’ha­bite plus en colo­ca­tion non plus, ce qui veut dire trois choses :

  • je suis une adulte (euh…)
  • je peux dispo­ser entiè­re­ment du frigo (ouiiiiiiiiiiii !)
  • mais surtout, je vais enfin pouvoir adop­ter un chien ou un chat !

Après des heures à passer en revue avec fréné­sie la gale­rie d’ani­maux dispo­nibles à l’adop­tion sur le site Web du refuge près de chez moi, ainsi qu’être passée une fois sur place “juste pour voir” — ce n’était mani­fes­te­ment pas une bonne idée, les larmes étaient au rendez-vous, et ma jour­née a été plus ou moins foutue —, Chat (pas celui à 4 pattes et au poil long non, mon amou­reux !) me pose la fameuse ques­tion : “mais pourquoi est-ce que tu te casses la tête à vouloir le cher­cher dans un refuge, au lieu d’en ache­ter-un ? Ce serait quand même plus simple, tu peux choi­sir la race et tout”. J’aime autant vous dire que je l’ai fustigé du regard, avant de répondre par un “mais, ache­ter un animal, c’est pas bien…” un peu penaud. Superbe répar­tie Morgane, applau­dis­se­ments dans la salle s’il-vous-plaît.

Ache­ter ? Pour moi, la ques­tion ne s’était jamais posée, il n’était pas conce­vable d’ache­ter un animal, comme on irait ache­ter une brique de lait (végé­tal) au super­mar­ché. Non, non, et triple non ! Mais la boule de colère qui s’est formée dans mon ventre à ce moment-là méri­tait un peu plus de recherches que ça. Pourquoi cela me met-il hors de moi, le fait d’ache­ter un animal ? Au-delà du manque d’éthique que cela évoque au point de vue rhéto­rique, il y a un autre problème. Pardon, il y a d’autres problèmes.

Adop­ter ou ache­ter ?

Tout d’abord, mettons-nous d’ac­cord sur le langage employé, qui fait toute la diffé­rence.

Ache­ter un animal signi­fie aller dans une anima­le­rie, chez un parti­cu­lier ou sur eBay (si si je vous assure) et échan­ger un certain montant d’argent contre un animal. Il est impor­tant de comprendre que l’argent échangé, peu importe la façon dont il est présenté, est un béné­fice que se fait le vendeur, et non un montant censé “couvrir les frais engen­drés par l’ani­mal”.

Adop­ter un animal implique d’al­ler s’ins­crire auprès d’un refuge/asso­cia­tion/SPA, qui recueille des animaux aban­don­nés, et se charge de repla­cer ces animaux dans des familles prêtes à s’en­ga­ger à subve­nir aux besoins de l’ani­mal jusqu’à sa mort. Certains refuges prévoient de visi­ter le domi­cile du futur adop­tant, ainsi que de rencon­trer toutes les personnes qui coha­bi­te­ront avec l’ani­mal. Le refuge se réserve aussi le droit de ne pas confier l’ani­mal dans le cas où il esti­me­rait que les inté­rêts de l’ani­mal ne seront pas respec­tés. L’adop­tion d’un animal se fait rare­ment en une seule visite, de quoi lais­ser au futur adop­tant un temps de réflexion ainsi que permettre au refuge de procé­der aux véri­fi­ca­tions néces­saires.

Main­te­nant que nous sommes d’ac­cord sur le langage utilisé, passons aux faits. Je vous épar­gne­rai les images qui brisent le cœur que j’ai trouvé à la pelle en faisant mes recherches pour cet article, car je pense que les chiffres parlent suffi­sam­ment d’eux-mêmes.

Chiot par Brooke Cagle

 

Bon, il est où le problème ? L’exemple du trafic de chiots.

En ache­tant un animal aujourd’­hui que ce soit en anima­le­rie, sur les réseaux sociaux ou via des annonces en ligne, vous prenez le risque d’ache­ter un animal qui provient d’une de ces usines à chiots/chatons, rendues déjà quelques fois tris­te­ment célèbres pour les mauvais trai­te­ments infli­gés aux animaux. Dans les pays au sein de l’Union euro­péenne, les régu­la­tions1 et licences rela­tives aux éleveurs sont recon­nues comme n’étant pas suffi­sam­ment rigou­reuses et incon­sis­tantes, car diffé­rentes d’un pays membre à l’autre. Par exemple, le Royaume-Uni a assou­pli sa légis­la­tion concer­nant l’en­trée censée être non commer­ciale d’ani­maux domes­tiques en 2012. Entre 2011 et 2013, l’en­trée d’ani­maux de ce type prove­nant de Litua­nie a augmenté de 780 %2 et ceux prove­nant de Hongrie ont augmenté de 663 %3. Une recru­des­cence de personnes voya­geant avec leur ami à 4 pattes ? On aime­rait y croire.

Une étude a estimé en 2010 que 66 % des chiots commer­cia­li­sés en Europe l’ont été illé­ga­le­ment.

Oui vous lisez bien, c’est plus de la moitié. La Hongrie ainsi que la Slovaquie, la Répu­blique tchèque, la Pologne et la Rouma­nie seraient les pays-clés en termes d’éle­vage de chiens, de par leur manque de légis­la­tion en termes de commerce d’ani­maux. La carte ci-dessous illustre les flux de chiots prove­nant de pays où la produc­tion coûte très peu cher vers les pays où la demande est très forte et où la valeur de revente de ces chiots est très élevée. Notons que seuls les chiots de bonne qualité sont vendus (oui, sortez les mouchoirs pour les autres, de mauvaise qualité). Les chiots sont donc vendus à très bas prix, accom­pa­gnés de leurs faux papiers d’iden­ti­fi­ca­tion et de leur — faux aussi — carnet de vacci­na­tion. Inutile de préci­ser que les écono­mies sont bonnes à faire dans tous les domaines ; le trans­port des chiots ainsi que leurs soins de santé n’y échappent donc pas. Lors de l’étude menée par l’ATA (Animal Tran­sport Asso­cia­tion), 52 % des animaux contrô­lés souf­fraient d’in­fec­tions fongiques, para­sites, vers, ou autres joyeux virus. Ces risques de santé sont en effet exacer­bés par les condi­tions de trans­port et la promis­cuité.

Inutile de préci­ser que le trans­port de chiots dans des cages, boîtes ou sacs sur des kilo­mètres est extrê­me­ment stres­sant et angois­sant pour des animaux âgés parfois de moins de 8 semaines (= non sevrés).

Carte commerce chiots en Europe

 

Le commerce de chiens au sein de l’Union euro­péenne était estimé à 5,5 millions d’eu­ros par mois4 en 2015, sachant que ce trafic connaît une recru­des­cence5 et non l’in­verse. Les animaux sont produits en masse, dans le but de faire un maxi­mum de profit en un mini­mum de temps. Ces animaux sont élevés la plupart du temps dans des hangars surpeu­plés, souvent dans des condi­tions d’hy­giène exécrables, sans soins vété­ri­naires ni nour­ri­ture adéquate.
Chiot par Jairo Alzate

 

Parti­ci­pe­riez-vous déli­bé­ré­ment à un trafic d’êtres vivants ?

Bien sûr que non, pense­ront la plupart d’entre nous. C’est pour­tant un trafic que beau­coup d’entre nous décident — incons­ciem­ment — de soute­nir, en ache­tant ces animaux issus d’éle­vages. Cette indus­trie n’a aucun mal à trou­ver des argu­ments convain­cants pour nous faire sombrer dans un doux déni… Qui ne tombe­rait pas sous le charme d’un chiot ou d’un chaton ?

Pour ceux qui ne seraient pas encore convain­cus, voici 10 bonnes raisons  d’adop­ter un animal plutôt que de l’ache­ter, et 5 mauvaises raisons d’ache­ter un animal.

Trois feuilles

SOURCES

  • Crédit photos : Brooke Cagle, Andrew Branch, Jairo Alzate – merci !

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  • Ca me semble tellement incoryable que des gens continuent à acheter des chiens, malgré la sensibilisation que fait des assos comme 30 Millions d’Amis ou la SPA. IL y a des années, j’avais lu que le traffic d’animaux était le 3ème, après les armes et la drogue (avant les humains donc). Je ne sais pas si c’est encore le cas, ni comment les chiffres avaient été calculés (c’était une info de la SPA) mais ça m’avait vraiment marquée.
    Et sinon, dommage que l’étude que tu mentionnes de IFAW ne soit pas en français ou en anglais 🙂
    (dans cette phrase: « Une étude a estimé en 2010 que 66 % des chiots commer­cia­li­sés en Europe l’ont été illé­ga­le­ment. »)
    Bises

    • Re-bonjour Aurélia, et merci les informations supplémentaires !
      Concernant l’article, il y a ici https://goo.gl/CGdow8 la traduction de l’introduction et la conclusion de l’étude, mais le reste n’a malheureusement pas été traduit (j’ai pour la première fois béni mes cours de Néerlandais que je détestais tant à l’école).
      A bientôt ! 🙂